Critique : « A VIF », Kery James des scènes de rue aux planches du théâtre !

Un plaidoyer mené avec Justesse

 

yann kery

Mercredi 13 septembre, un jour après la reprise de sa pièce “A VIF” qu’il jouera jusqu’au 1er octobre 2017 au Théâtre du Rond-Point accompagné par le comédien Yannick Landrein; j’ai pu découvrir sur cette scène et sans réelle surprise un Kery James au sommet de son art.

 

Qui a dit que les poètes de la rue n’existaient pas?

Kery James l’une des figures du rap français connu pour ses textes engagés et sa rhétorique,  se révèle tout au long de sa carrière être un véritable homme de lettres.

En musique, au cinéma, au théâtre, à travers ses livres, Kery James a l’art de manier la langue de molière comme lui seul en a le secret avec : conviction, émotion, passion voir même indignation mais toujours avec finesse et surtout justesse !

Justesse…

Justesse, voici en un mot comment je pourrais définir cette prouesse artistiquement socio-politique.

Je me suis ainsi garder de lire toutes critiques avant d’y aller…  Je souhaitais pouvoir témoigner de mes impressions “A VIF” pour me faire ma propre idée de la performance de ces 2 comédiens et ainsi pouvoir rester seule “Juge” de ce concours d’éloquence de ces 2 avocats qui nous ont plongé Nous public dans un plaidoyer sans relâche où chacun des partis a su apporter une fois encore avec justesse les arguments pour défendre sa position.

« L’état, est-il seul responsable de la condition actuelle des banlieues en France ? » telle était la question affichée très lisiblement dès l’ouverture du rideau.  

Kery James sur scene

A la fin du spectacle en attendant la séance de dédicace de son ouvrage, j’ai pu échanger avec cette dame, caucasienne, la soixantaine, qui a découvert l’artiste quelques années plus tôt grâce à ses enfants.

Nous nous sommes donc retrouvées à partager des avis convergents. Spontanément en réponse au débat, elle aurait dit “Oui” quand moi je disais “Non” mais très vite un contre-argument surgit et on balance, finalement “Oui” et puis “Non”… C’est ainsi que nous prenons part à cette réflexion nous poussant à explorer différents angles, différents points de vue loin des clichés tout en laissant le spectateur maître de son opinion.

“Deux France” qui s’affrontent : Souleymann Traoré face à Yann Jaraudière

J’ai apprécié la complémentarité du jeu de Kery James et de son partenaire Yannick Landrein, ferme pour l’un, taquin pour l’autre, un brin de provocation par ci, une pincé d’humour par là sans en perdre la clarté et le ton consciencieux du discours.

On rappelle que nous sommes à la finale du « concours de la petite conférence » pour accéder à l’étape ultime de ces deux élèves, celle du barreau.  Il n’y a donc pas de fioriture, chaque prise de parole doit impacter et rester accessible à tous. 

kery et yann sur scene

Une mission qui se poursuit

Fidèle à lui même Kery James à l’aide de Yannick Landrein sur scène et Jean-Pierre Baro à la mise en scène a su mettre en  exergue ce questionnement sociétal. Entre exclusion et ascension sociale les termes s’opposent et se juxtaposent mais on y comprends la tout le paradoxe de ce débat.

Kery James : « C’est la continuité de ce que je défends dans ma musique. Je suis l’auteur de cette pièce qui est un résumé de trois morceaux phares importants de ma carrière : « Banlieusards » qui poussent les jeunes à se prendre en main, pour qu’ils aillent au bout de leurs rêves, « Constat amer » où je dénonce le manque de solidarité entre les gens dans les quartiers, et « Lettre à la République » où je fustige l’état. C’est vraiment un condensé de ces 3 morceaux. »

Des morceaux subtilement insérer dans la pièce et parfois même en musique !

Le message à retenir…

OUI je recommande et surtout à nos petits frères et sœurs ne soyez pas des « consommateurs  d’IVD » comme le dit Souleymann Traoré. Autrement dit : « Qui veut cherche un moyen, l’autre cherche des excuses », ne nous victimisons pas plus, trouvons les solutions pour avancer dignement.

Merci à Kery James d’avoir mis une nouvelle fois sa plume et sa voix à contribution dans le but de conduire à l’émancipation de cette jeunesse.

En tous cas, moi je le vois bien en politique…  Alors à quand Kery James « Ministre de la culture  » ?  A suivre… 🙂

« A VIF » actuellement au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 1er octobre 2017.

Kery James et Krysta